Les syndicats au Canada subissent une attaque coordonnée. Au Québec, la CAQ s’active pour rendre « optionnelles » certaines portions des cotisations syndicales sous couvert de transparence. Ce qui peut paraître inoffensif ne l’est aucunement. La proposition vise les « portions » qui financent les recours juridiques, les campagnes d’intérêt public et les critiques des politiciens lorsque leurs décisions sont erronées, toutes des actions qui ont un impact direct sur le bien-être de nos membres sur le lieu de travail.
En somme, il devient beaucoup plus difficile pour les syndicats de faire entendre leur voix lorsqu’il s’agit d’imposer des règles plus strictes en matière de sécurité routière, au bénéfice des camionneuses et des camionneurs. Le même constat s’applique à la défense de meilleures conditions pour les travailleuses et travailleurs du secteur de la santé, ou à la capacité de s’opposer à des changements au Code du travail qui pourraient faire baisser les salaires et augmenter les risques au travail. Mais surtout, cela rend presque impossible la protection du droit de grève, pourtant garanti par la Charte.
Nous avons déjà vu ce scénario ailleurs. En Alberta, le projet de loi 32 a imposé un choix explicite pour toute cotisation pouvant toucher des « activités politiques », traçant une ligne artificielle entre les droits sur le lieu de travail et la politique qui façonne ces droits. Les dirigeants de la province disent même que les cotisants peuvent choisir de participer à tout ce qui est jugé politique ou « cause sociale ». C’est une tentative délibérée d’asphyxier les syndicats des ressources nécessaires pour défendre les membres à l’atelier et au-delà.
En Ontario, le gouvernement a usé de tactiques brutes. Le projet de loi 124 a imposé un plafonnement salarial à des centaines de milliers de travailleuses et travailleurs du secteur public et a été jugé inconstitutionnel pour violation des droits à la négociation collective. La Cour d’appel l’a confirmé et la province a dû reculer. Avant cela, le projet de loi 28 avait invoqué la clause dérogatoire pour interdire une grève légale des travailleurs du milieu de l’éducation, mais une forte pression publique a entraîné son retrait. Ces cas ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans une tendance à mettre de côté la négociation collective libre.
En tant que Canadiens et Canadiennes, souvenons-nous que notre plus haute juridiction a reconnu le droit de grève comme composante constitutionnelle d’une négociation Les gouvernements qui s’en prennent aux cotisations ou interdisent les grèves ne rétablissent pas l’équilibre, mais inclinent plutôt la balance contre les travailleurs et travailleuses et vers une concentration du pouvoir entre les mains de l’élite corporative.
Teamsters Canada rejette cette vision. Nous négocions avec rigueur, nous combattons avec justice et nous défendons nos membres dans tous les domaines où leur gagne-pain est en jeu. Nous sommes une organisation démocratique, responsable devant nos membres qui paient ces cotisations. Si le projet de loi du Québec va de l’avant, nous nous joindrons à nos alliés pour le contester et renforcer le travail d’organisation sur le terrain. La voie à suivre n’est pas de museler les travailleurs et travailleuses, mais de renforcer les institutions qui leur donnent voix sur leurs droits, leur santé et sécurité et leur dignité. Quand des politiciens tenteront de nous faire taire, c’est en réalité vous qu’ils cherchent à réduire au silence, et nous ne le permettrons pas.



















