L’industrie brassicole est-elle en déclin?

Un billet de Stéphane Lacroix, directeur des Relations publiques du syndicat des Teamsters

Des syndicalistes représentants des milliers de travailleurs et de travailleuses qui oeuvrent dans le secteur brassicole se réunissaient à Edmonton les 12 et 13 juin dernier afin de discuter des enjeux et des défis auxquels doivent faire face leurs membres partout au Canada.

On y a notamment discuté du virage canette qu’a pris l’industrie brassicole nord-américaine qui, contrairement à l’Europe, tend à éliminer les bouteilles brunes qui sont pourtant nettement plus écologiques.

La conversion des régimes de retraite de prestations à cotisation déterminées, la quasi-absence d’embauches de nouveaux travailleurs et la stagnation des conditions sont des menaces directes sur les salarié(e)s. Il est donc devenu évident au fil des discussions que les syndicats demeurent la dernière ligne de défense pour tous les travailleurs et travailleuses de l’industrie.

Une industrie en déclin?

Les nombreux rapports présentés par des représentants de SEIU, des TUAC, d’Unifor et d’autres syndicats ont mis en évidence un constat alarmant : dans le meilleur des cas, la plupart des brasseries canadiennes maintiennent un certain volume de production, mais dans d’autres, le déclin se fait sentir.

Il faut dire que la bière vendue par les Labatt et Molson de ce monde, par exemple, est désormais en compétition avec les produits d’une multitude de microbrasseries, le vin, les spiritueux et même avec les boissons énergétiques et le café!

Les habitudes des consommateurs ont donc considérablement changé au cours des dernières années et les grands brasseurs semblent avoir du mal à s’y adapter.

Conséquence : certaines usines sont tellement vieilles que les machines brisent constamment; les travailleurs sont appelés à faire du temps supplémentaire jusqu’à 21 jours consécutifs, faute d’effectif; certaines usines sont modernisées, provoquant une réduction considérable du nombre de travailleurs; la livraison est confiée à des sous-traitants qui paient des salaires de crève-faim à leurs salarié(e)s.

Présence des Teamsters

Les confrères Éric Picotte et Jean-Laurent Larouche, respectivement président et vice-président local de la brasserie Molson de Montréal, ainsi que Yves Perreault, permanent syndical de la Section locale 1999 participaient à cette réunion annuelle.

Éric Picotte a présenté un rapport des dernières négociations à l’usine Molson de Montréal qui se sont conclues plus tôt cette année. Il a aussi parlé du déménagement de l’usine sur la Rive-Sud. Cette relocalisation est d’ailleurs prévue en 2021 et provoque un certain niveau d’anxiété chez les quelque 550 membres de la Section locale 1999. Ils craignent que les changements technologiques, ainsi qu’un virage canette encore plus prononcé, provoqueront la disparition de nombreux emplois.

Les discussions ont également tourné autour de l’incapacité du gouvernement du Québec de mettre en place une politique environnementale concrète qui favoriserait l’utilisation des bouteilles brunes décapsulables, le contenant qui est reconnu pour être le plus écologique de tous. De fait, les Teamsters ont demandé à la ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon, de la rencontrer afin de discuter des enjeux environnementaux en rapport avec une plus grande production de canettes. Malheureusement, la députée de la circonscription provinciale de Verdun a ignoré nos demandes.

La réunion d’Edmonton a permis de constater que plusieurs autres syndicats dans les autres provinces canadiennes font désormais face aux mêmes défis que ceux de l’usine Molson de Montréal et envisagent de reproduire la campagne « Mieux en bouteille » lancée par les Teamsters il y a trois ans. On se souviendra que cette initiative des travailleurs de la brasserie a remporté un beau succès grâce aux publicités diffusées à la radio, sur le Web et dans le quotidien La Presse +.

La situation est difficile pour les travailleurs et les travailleuses oeuvrant dans l’industrie brassicole, mais c’est en maintenant des liens avec nos confrères et consoeurs des autres syndicats que nous serons en mesure de développer des relations plus étroites et des stratégies efficaces afin de faire échec à la volonté de certains brasseurs de faire stagner les conditions des travailleurs, de réduire le nombre d’emplois et d’utiliser des contenants moins écologiques pour leurs bières.

Le syndicat des Teamsters représente les intérêts de près de 40 000 travailleuses et travailleurs au Québec, dont près de 1500 dans l’industrie brassicole. Teamsters Canada est affilié à la Fraternité internationale des Teamsters, dont l’effectif syndical est de 1,4 million de membres en Amérique du Nord.

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Renseignements :
Stéphane Lacroix, directeur des Communications et des Affaires publiques
Portable : 514 609-5101
slacroix@teamsters.ca

 

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